Témoignage
J'ai aujourd'hui 25 ans. Mon prénom est Natacha.
Je ne suis pas bonne à marier comme aime dire ma grand mère. Non. j'étais bonne à interner.
Enfin, je ne sais pas.
Mon prénom est russe. Y a du sang russe dans la famille. Les manifestations de notre sang russe : l'alcool . On boit beaucoup de ma famille. Pour le reste rien de russe, personne n'aime le ballet ou la musique classique.
Etudiante en littérature. Oui, il y a des dingues littéraires et des dingues scientifiques. Autre caractéristique de moi : je suis précoce, un peu comme Proust. Je ne parle pas sexualité mais dépression.
Quand j'avais 12 ans, , j'ai commencé à craquer. J'avais une colère terrible contre ma famille. Deux années plus tard, j'ai eu l'idée de sculpter sur ma cheville les noms des amis avec le couteau de la cuisine comme un tatouage.
J'ai aimé ces traces que le couteau laissent sur ma peau, alors je sculptais des figures sur mes jambes et je les cachais précieusement sous mes jeans.
A l'âge de 15 ans, il fallait en finir, j'ai ouvert les veines de mon poignet pour la première fois, puis deuxième tentative à l'âge de 16 ans.
Quand j'avais 17 ans, je ne pouvais plus de ma vie. J'ai quitté le lycée pour partir. J'ai passé 4 jours à errer dans les beaux jardin de Bruxelles. Il fallait profiter de l'été.
Mon premier joint m'a fait du bien. Mais çà coûtait cher. Alors le sang russe hérité de ma mère m'a appelée. L'alcool est devenu mon intime, mon copain, mon médicament. Le soulagement n'arrivait pas. Il fallait plus de douleur pour alléger le boucan qui hurlait dans ma tête. Je me coupais, je frappais les murs en brique avec mes poing, je mordais mes écorchures.
Mais ne soyez pas effrayés, j'avais des moments de joie intense. Mon cerveau se compensait en faisant les 400 coups. Je riais comme une folle ( je suis un peu folle), je restais de bonne humeur pendant des jours. Ces moments la comme disait Proust : « Tout ce qui n'était pas moi, la terre et les êtres me paraissaient plus précieux, plus important, doué d'une existence plus réelle que cela ne paraît aux hommes ». Proust était il bon à interner aussi ??
Bien sur vous avez compris que le psychiatre d'un quartier chic à Bruxelles a fait le diagnostic d'une psychose maniaco-dépressive, ou le trouble Bipolaire.
Mettre une étiquette sur votre maladie ne change pas la maladie. Le traitement avait deux parties, médicaments, puis changement d'air. Alors ainsi j'ai quitté Bruxelles pour vivre chez mes grands parents paternels en France, de l'autre côte des frontières.
Il paraît que cette maladie bouffe le cerveau! Eh bien. Le traitement est dur aussi. Les effets latéraux ( on dit secondaires en France) du Prozac ne sont pas négligeables. Le psychiatre modulait le traitement au mieux mais j'ai passé l'été 2002 en zombi.
Le traitement était efficace. Puis l'université, la littérature, les tartes de ma grand-mère, mon copain, et les rares médecins qui ont bien voulu m'écouter leur raconter ma vie par le net. Merci a tout ces gens. Ca va largement mieux.